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Pieds nus dans la forêt : en quoi la nature nous aide à réduire notre stress


La semaine dernière, j’ai fait une étrange expérience : seule dans la forêt, j’ai, pour la première fois, enlevé mes chaussures de randonnée et marché pieds nus sous les cimes des arbres. J’avoue, j’avais quelques appréhensions. Allais-je marcher sur quelque chose de coupant ? Me faire piquer par des insectes ? 


A ma grande surprise, mes pieds se sont enfoncés dans un tapis épais et moelleux composés de feuilles mortes et d’aiguilles de pins, d’une grande douceur. Dans le silence de la forêt, mes pas faisaient crépiter les feuilles comme un feu de camp. Au-dessus de ma tête, des oiseaux rivalisaient de vocalises. Je déambulais sans but précis, d’une manière attentive, en prenant garde de ne pas marcher sur des pommes de pin ou des faînes. J’étais à 100 % dans le moment présent. Mes préoccupations concernant ma famille, le monde, la catastrophe climatique, la guerre en Ukraine, en Iran, Trump, me paraissaient loin, comme atténuées. Mon ventre se détendait. Un sourire s’est formé sur mon visage. J’étais bien, tout simplement.

 

Pourquoi la forêt nous aide-elle tant à déstresser ?

 

Si le célèbre professeur de médicine Dr. Qing Li de la Nippon Medical School de Tokyo avait été à mes côtés ce jour-là, il aurait sans doute mesuré une baisse notoire de mon taux de cortisol, l’hormone du stress, dans ma salive.

 

Figure emblématique du « Shinrin-Yoku » ou de la sylvothérapie (« bains de forêts »), ce dernier étudie depuis des années l’impact de la nature sur notre santé physique et psychique. Avec des résultats étonnants.

 

Dès les années 90, ses études ont démontré qu’une simple promenade de 15 minutes en forêt conduisait à :

•       une baisse de 16 % du taux de cortisol (« hormone du stress ») dans la salive

•       une diminution du pouls et de la tension artérielle

•       une augmentation de l’activité du système nerveux parasympathique

•       un sentiment accru de bien-être et de calme

 

Il a également démontré qu’une journée en forêt réduisait le taux d’adrénaline, la deuxième hormone du stress la plus importante, de près de 30 % chez les hommes et de plus de 50 % chez les femmes. Pourquoi l’effet était-il plus grand sur les femmes ? J’aimerais bien le savoir.

 

Autre résultat positif : L’atmosphère de la forêt renforce notre système immunitaire. Une seule journée passée en forêt suffit à augmenter en moyenne de près de 40 % le nombre de nos cellules tueuses naturelles dans le sang.  Il s’agit de ces fameux globules blancs (lymphocytes) du système immunitaire, qui reconnaissent et détruisent les cellules cancéreuses ou infectées par un virus.

 

Pourquoi en est-il aussi ? J’ai trouvé trois explications, d’origine biologique, psychologique et évolutionnaire, qui ont changé ma vision de la forêt.

 

Premièrement les terpènes. Il s’agit de molécules organiques volatiles qui sont produites par de nombreuses plantes afin de se protéger contre les bactéries, les insectes et les champignons. Ce sont surtout les arbres à feuilles persistantes, comme les pins, les cèdres ou les épicéas, qui libèrent de nombreux terpènes. On ne peut pas les voir, mais on peut les sentir. C’est le parfum qu’on hume quand on se promène dans une forêt de pins chauffée par le soleil ou juste après une averse.

 

Respirer ces molécules diminue apparemment notre niveau de stress et renforce notre système immunitaire. Depuis, j’essaie de me promener le plus souvent dans des forêts de conifères (quand elles sont en bonne santé) et envisage d’en planter dans mon jardin.

 

Deuxième mécanisme (évoqué dans mon blog précédent) : la nature capte notre attention sans effort (fascination douce) ce qui repose notre cerveau et lui permet de se regénérer.

 

Troisième mécanisme qui m’a surprise : l’hypothèse de la biophilie (littéralement : l’amour du vivant). Développée en 1984 par l’éminent biologiste américain Edward O. Wilson (1929-2021), cette théorie affirme que l’être humain possède un besoin biologique inné de se connecter à la nature et au vivant. Elle repose sur l’idée que notre patrimoine génétique a été façonné par des millions d’années d’évolution dans un environnement naturel. En tant qu’être humain nous avons appris à aimer ce qui a permis notre survie. De l’eau qui scintille peut inconsciemment nous faire penser aux poissons qu’elle abrite, des arbres à des refuges, une prairie à la possibilité de voir loin. Nous sommes donc biologiquement rassurés au contact de la nature.


En déambulant entre les arbres, j’ai eu une pensée pour nos ancêtres qui marchaient eux aussi pieds nus dans la forêt. A quoi ressemblait leur vie ? La forêt était-elle source de réconfort ou de danger ? Je ne ressens aucune envie de revenir à cette époque, mais j’ai bien la ferme intention de « prendre des bains de forêt » plus souvent.


Et toi ? Quelles expériences as-tu faites en forêt ?

 
 
 

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